Octobre 2020 - Une horloge de sous-marin soviétique 24h

En octobre 2020 je suis contacté par Yann L. qui exerce la profession d'antiquaire d'objets de marine dans le sud de la France (Alpes-Maritimes).

Coordonnées et comme cela ce sera fait :-)

www.la-palmeraie.com
yann@la-palmeraie.com

Il m'envoie une photo de son lieu de vente. Cliché qui me semble intéressant à commenter.


Voir la photo en plus grande taille

On y voit ainsi de droite à gauche :
Une horloge Chelsea (US), une horloge Vostok (URSS), une horloge de sous-marin (URSS) sur 24h que je n'avais jamais vu.
À noter aussi au dessus, un chronographe d'avion soviétique.

Yann maîtrise complétement son sujet et peut vous aider à trouver ce que vous cherchez.

Soyons clair au niveau des prix affichés (2021)

La Chelsea est à 400 €, la Vostok à 260 €, La H24 de sous-marin est à 380 €, le Chronographe à 200 €

Réglons le cas du chronographe tout de suite

Pour cela je vous renvoie à cet article...

L'horloge Chelsea

C'est une 16 cm classique en bakélite, fond blanc, caractères cadran en bâton. La trotteuse n'est pas d'origine.
Son numéro de série 322570 indique qu'elle date de 1941.

Rien à dire de plus, puisque ce site est justement consacré - en grande partie - aux horloges Chelsea.

L'horloge Vostok

Il s'agit d'une "Радио номер" = "Radio Nomèr" -  "Salle de radio" avec ses "plages de silences" qui sont très bien identifiées.

Elle date de 1979.
Son cadran est probablement d'origine puisqu'il porte le logo qui correspond à la marque soviétique officielle pour la certification de qualité établie en 1967. Grossièrement on peut la comparer à la norme NF en France.

Pour en savoir plus sur les horloges Vostok, je vous renvoie à cet article...

L'horloge soviétique de sous-marin 24h (H24)

C'est la plus intéressante puisque nouvelle sur ce site.
C'est une 16 cm de diamètre de cadran montée sur un bâti de bois, son corps est en métal (laiton, cuivre ou parfois fonte). Elle fonctionne sur 24 h et non pas sur 12 h.

À noter le gros bouton à la base, qui est utilisé pour le remontage - 1 semaine de marche.

Sur le cadran : « Завод Мореходных Инструментов » ce qui signifie « usine d'instruments de navigation » = L'usine ZMI localisée à Leningrad.


En situation dans un sous-marin à côté du périscope

Voici un autre modèle

On distingue très bien ainsi le petit bouton à presser pour ouvrir la cloison devant de façon à ajuster l'heure.


Voici l'histoire de cette horloge et aussi de l'usine 338

Au milieu des années 1920, la jeune Russie soviétique commence à reconstruire sa flotte.
En 1924 sur les bords de la Neva, à Leningrad, « l'atelier d'instruments de navigabilité » reprend la production des appareils nautiques de la marine impériale :
Boussoles magnétiques, sextants, gyro-compas, écho-sondeurs, radio-goniomètres, compas, dispositifs météorologiques, jumelles...
La maîtrise de la production d'un certain nombre de ses propres produits devient une étape importante dans l'histoire du progrès technique de l'atelier et revêt une grande importance économique et militaire, car elle libère le pays des nécessaires achats de produits à l'étranger.


La production de l'atelier - la H24 est en haut à gauche

En 1931, par un décret du gouvernement de l'URSS, « l'atelier des instruments de navigabilité » de Leningrad a été transformé en « usine d'instruments de navigation» (ZMI), « Завод Мореходных Инструментов ». C'est l'usine N° 338.

Dès 1932 la construction de nouveaux bâtiments commence, des ateliers et laboratoires modernes ont été équipés, un bâtiment du club, une cantine, une école d'apprentissage en usine, une équipe de foot-ball, ainsi qu'un immeuble résidentiel de plusieurs étages pour les ouvriers et ouvrières de l'atelier.

Ci-dessous et de gauche à droite :
Élèves de l'école d'appentissage (FZO) de l'usine n° 338 | Vue de l'atelier sur les bords de la Neva | Le bâtiment du bureau d'études de l'usine numéro 338 | l'équipe de football de l'atelier

Nous sommes alors dans la pleine « utopie » communiste.

Dans les années 30, la ZMI se voit assigner la production d'horloges de sous-marins qui fonctionnent sur 24h pour ainsi pallier le manque de ce type de mécanismes qui fait cruellement défaut à la marine soviétique sans passer par des achats couteux à l'étranger.

Hors les instruments de navigation, la ZMI se lance alors sur ce créneau assez marginal puisque les sous-marins ne sont pas encore des vecteurs de combat très élaborés à ces époques.
Elle apporte ainsi sa grande expérience et compétence maritime.